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Mon adolescence

Je suis le fils de l’abandonné.

classe
L’adolescence, pour moi, a commencé bien avant que je m’en rende compte. Un matin, les billes et les parties de gendarmes et voleurs dans la rue ont cédé la place à des discussions sur les filles, la musique et les rêves d’ailleurs. J’étais au lycée de Château-Arnoux, un établissement aux murs épais, où l’odeur de craie se mêlait à celle du papier neuf et des cartables en cuir. On y croisait des professeurs passionnés, parfois sévères, mais capables d’allumer une étincelle dans nos jeunes esprits.

C’était l’époque où la télévision commençait à s’inviter dans les foyers. Chez nous, on la regardait rarement — par économie, mais aussi parce qu’elle n’avait pas encore le pouvoir d’absorber nos soirées comme le font aujourd’hui les écrans. La vraie vie était dehors. On traînait sur la place, on allait au café du coin écouter les anciens raconter « leur guerre », on parlait politique sans vraiment comprendre mais en se passionnant pour les mots.

La musique est arrivée comme une vague qui ne nous a plus quittés. Les Beatles, Johnny, les chansons yéyé… On apprenait les paroles par cœur, on s’échangeait des vinyles comme des trésors. La radio diffusait ces rythmes nouveaux qui semblaient ouvrir les fenêtres du monde. Et puis, mai 68 a frappé, avec ses slogans, ses affiches, ses débats. Même à Saint-Auban, on en sentait les vibrations. Les adultes semblaient inquiets, nous étions curieux : on parlait de liberté, d’égalité, de changer la vie.

ballon

Quand j’étais au « lycée de Château-Arnoux », les préoccupations environnementales
sont quasiment inexistantes.
C’était le bonheur complet.
Sans smartphone, peu de télévision, pas de NIKE, pas de guerre etc ..
Je suis conscient que j’ai traversé une période historique marquée par des transformations spectaculaires sur les plans sociaux.
Technologiques, culturels et politiques. J’ai été témoin d’une évolution qui pourrait être qualifiée de révolutionnaire dans tous les aspects de la vie.
Malgré tout, je reste imprégné des valeurs traditionnelles d’après-guerre.
De même, on ne peut pas oublier « les Beatles », ni mai 1968, ni Charles De Gaulle …
Les vacances étaient toujours un moment attendu. Les colonies Péchiney, avec leurs grands dortoirs et leurs animateurs pleins d’énergie, les séjours à la mer ou à la montagne… mais aussi ces étés passés à « ne rien faire », c’est-à-dire à passer des journées entières dehors, à vélo ou à pied, sans que personne ne nous demande où nous étions. On rentrait juste pour les repas, les joues brûlées par le soleil, les genoux écorchés, et l’impression d’avoir vécu mille aventures.

boum

Dans ces années-là, tout semblait neuf. Les voitures changeaient de forme chaque année, les publicités promettaient un avenir radieux, et personne ne parlait encore de crise ou de chômage. On se croyait invincibles, portés par une société en expansion. Je ne savais pas encore que cet âge d’or avait une fin. Mais déjà, le monde autour de moi commençait à bouger, à s’accélérer, comme si le rythme tranquille de mon enfance allait bientôt céder la place à une époque où tout changerait trop vite.

 

flirt

C’était un monde où l’argent comptait peu. Les salaires étaient modestes mais la vie coûtait moins cher. L’eau était gratuite, l’électricité presque symbolique, et personne ne parlait encore d’écologie — le mot n’avait pas encore franchi la porte des foyers. La France semblait avancer avec confiance : De Gaulle à l’Élysée, le Concorde en préparation, les premières réflexions sur le TGV, les centrales nucléaires qui allaient bientôt voir le jour. Tout semblait possible.
Je grandissais dans cet univers protégé, entouré de visages connus, d’odeurs familières et de gestes rassurants. Si j’avais su alors combien ce monde allait changer, peut-être l’aurais-je observé encore plus attentivement, comme on grave dans sa mémoire les détails d’un lieu avant de le quitter.


 
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