Mon oncle Joseph (alias tonton Joseph)

Je suis le fils de l’abandonné.

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Pour clore ce chapitre sur l'abandon de mon père sur une note marquante, je veux raconter un épisode qui s’est déroulé quelques années après ma naissance,un souvenir que ma mère m’a confié bien plus tard.
vespa
Par une belle matinée d’été,
nous étions à l’école et mon père travaillait à l’usine.
Un homme gara sa « Vespa » devant la maison, poussa le portail et s’adressa à ma mère, occupée à jardiner :
 
Bonjour, je suis bien chez Jean-Baptiste Nazianza ?
Bonjour, oui… Il n’est pas là. C’est à quel sujet ?
Je suis son frère.
Surprise, ma mère lui répondit que Jean était pupille de la Nation et qu’il n’avait pas de famille connue.
maman tonton
3 freres

L’homme, ému, expliqua alors :
Si, il a deux frères et sa mère, qui habitent à Gardanne. Je suis Joseph Mellano, son frère aîné. Nous avons la même mère et le même père. J’ai aussi découvert qu’un troisième garçon, Pensée, était né plus tard. Moi aussi, je m’appelais Nazianza, mais mon beau-père m’a reconnu et j’ai pris son nom.

Ma mère l’invita à entrer.
Peu de temps après, mon père rentra du travail. Devant la ressemblance frappante, il s’interrogea. Ma mère lui raconta tout. L’émotion fut si forte que l’ambiance se chargea de larmes — nous, les enfants, étions confinés dans nos chambres. En quelques minutes, mon père retrouvait une mère et deux frères. Et moi, je découvrais deux oncles et une grand-mère.
retrouve
ravioli
Les rencontres suivantes furent elles aussi pleines d’émotion. Ma grand-mère venait parfois passer quelques jours chez nous, nous racontant des histoires avec son accent italien. Quand nous allions chez elle, elle nous préparait des raviolis inoubliables. J’ai tenté de les reproduire plus tard… j’en rêve encore.

Avec les années, elle entra en maison de retraite. Pour aider à payer sa pension, elle y faisait quelques heures de ménage ou de cuisine. Joseph aidait comme il pouvait. Pensée, lui, était mort à 48 ans dans un coup de grisou à la mine de Biver.

grisou
gd mere
Puis, un jour, alors que nous lui rendions visite, ma grand-mère demanda à mon père de ne plus venir :
"Si la directrice apprend que tu es mon fils, elle va te faire payer". Elle m’en a déjà parlé.
Mon père proposa de payer sans problème, mais elle refusa. Les visites devinrent de plus en plus rares, et bientôt, je fus le seul à venir la voir, en utilisant le nom de jeune fille de ma mère pour éviter toute complication.
Quelques mois plus tard, j’appris par hasard qu’elle était morte et déjà enterrée — nous n’avions pas été avertis. Mon oncle Joseph décéda peu après. Aujourd’hui, il ne reste que la famille du fils de Pensée… que je n’ai jamais revue.
gd mere enfant
Je suis le fils de l’abandonné ...

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