Je suis le fils de l’abandonné.
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Quitter Saint-Auban n’a pas été un déchirement, mais plutôt une étape naturelle. On sentait, à cet âge-là, le besoin d’aller voir ailleurs, de prouver que l’on pouvait voler de ses propres ailes. Mon diplôme en poche, j’ai trouvé mes premiers emplois dans le Var et les Bouches-du-Rhône. Ce n’était pas des postes prestigieux, mais ils avaient le mérite d’exister et de me donner l’impression d’appartenir à cette France active, productive, qui bâtissait encore ses lendemains. |
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Les journées commençaient tôt. Le café fumait sur la table, avalé à la hâte avant de rejoindre le lycée. Dans ces années-là, le travail avait un parfum de sécurité : on signait un contrat et on se disait qu’on pourrait y faire sa carrière entière. Les collègues devenaient vite des amis, parfois même une famille de substitution. On s’invitait les uns chez les autres, on partageait les joies et les coups durs. Il y avait de la solidarité, comme à Saint-Auban, mais transposée dans ce nouvel environnement.
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Pendant ce temps, la France continuait de se transformer. Les Concorde et TGV devenaient réalité, les centrales nucléaires s’élevaient, les premières machines automatiques entraient dans les foyers. Le lave-linge, le réfrigérateur, la télévision en couleur… tout cela changeait le quotidien, le rendant plus confortable. On croyait encore que la technologie serait synonyme de liberté et de temps gagné. Et, en un sens, c’était vrai. Les soirées se vivaient différemment, avec plus de loisirs, plus de choix. Mais le rythme, lui, commençait déjà à s’accélérer.
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En repensant à ces années, je vois une période d’équilibre : assez de modernité pour améliorer la vie, assez de simplicité pour qu’elle garde du sens. J’étais dans la construction, dans l’élan, porté par mes projets et ma famille. Et je ne savais pas encore que, des décennies plus tard, je ferais le chemin inverse, revenant là où tout avait commencé… pour y trouver un monde que je ne reconnaîtrais pas tout à fait. |
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Je suis le fils de l’abandonné ... |
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